D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Technique photo


Objectifs ultra-lumineux (suite)

Le triplet et sa famille

Rôle essentiel des verriers

Vers 1884, le Dr Schott [1] de la Société Abbe et Schott à Jena, commença à développer des verres à haut indice de réfraction. Il utilisait des additifs tels que le baryum pour obtenir des verres de type « crown » [2]. D’un seul coup il devenait possible de corriger l’astigmatisme [*], et ceci avec un nombre réduit de lentilles : enfoncé le rectiligne [http://www.dg77.net/photo/tech/fastold.htm#recti] !

Taylor & Cooke

Taylor-Cooke 1893

Apparu en 1893, le triplet de Harold Dennis Taylor (1862-1943) consiste en 3 éléments séparés : une lentille divergente entre deux autres convergentes. L’ouverture originelle de f/6,3 fut amenée à f/3,5 et même plus. Cet objectif est peu homogène : l’image formée est bonne au centre mais se dégrade à la périphérie. Le triplet convient plutôt à :


Triplets poussés

L’antique firme française Hermagis (absorbée par Berthiot en 1934) [3] avait produit le Perlynx, objectif lumineux pour cinéma avec seulement 4 lentilles séparées. L’ouverture atteint f/1,9 sur certains modèles. L’élément arrière du triplet est ici dédoublé ; la formule fut reprise dans le Cinor B de SOM-Berthiot. La même conception se trouve dans les Speedic (TTH) ou Prolinear (Rietzschel).

Cinor B 1:1.9 (ancien Perlynx d’Hermagis)

Côté longues focales, l’incontournable LVM attire notre attention (p. 656 éd. 2001) sur les Zeiss de 1930 : 500 mm f/4,8, 700 f/5,0, 1200 f/7,0 contributions d’August Sonnefeld (30/8/1886 - 31/1/1974). Un de ses brevets de 1931 (US Pat. 1616765) concerne un « deformed triplet » ce qui signifie qu’il utilise une forme asphérique. Un second (US Pat. 1825828) donne en exemple un 2000 mm f/5,0 à quatre élément, la lentille frontale au diamètre respectable de 40 cm étant remplacée par deux éléments convergents à bas indice de réfraction. Dans les arguments qui précèdent les revendications du brevet, Sonnefeld souligne que le façonnage est ainsi considérablement facilité, de grandes lentilles taillées dans du crown pouvant demander plusieurs années de travail. Cet objectif possédait aussi une correction de la distorsion inusitée pour une si grande ouverture : une condition importante pour les astronomes qui ont besoin de clichés géométriquement fidèles.

US Pat. 1616765 US Pat. 2260368
US Pat. 1825828 US Pat. 1825828

Tessar

Un quatrième élément collé à l’arrière du triplet améliore nettement les résultats photographiques. Cette configuration a donné le Tessar calculé en 1903 par Rudolph, à partir de sa trouvaille de l’Unar (cf ci-dessus) – constitué de 4 éléments séparés. Le Tessar donne une bonne image homogène dans un angle de 45°, angle correspondant à l’objectif « normal ». Grâce à lui il devint possible d’obtenir des agrandissements respectables à partir de négatifs petit format, pour le plus grand profit de millions d’amateurs et professionnels.

Tessar

Le Tessar fut rapidement utilisé en versions f/6.3, 4.5 et 3.5. Dès avant les hostilités de 1914-1918, plusieurs industriels de l’optique, affranchis (ou se supposant tels) des brevets de Zeiss, se lancèrent dans la conception de nouveaux objectifs du même type (Dallmeyer Serrac f/4.5…). Le Tessar devint rapidement le type le plus répandu, seul le besoin d’ouvertures supérieures poussa vers le développement d’autres conceptions. Dans la limite de f/2,8 (f/4 en courts téléobjectifs) on en trouve encore des applications. Jusqu’à une période récente, le 50 mm Carl Zeiss Jena Tessar fut produit en quantités industrielles pour de nombreux appareils (cf la page 50 mm pour Werra [http://www.dg77.net/photo/werra/werra050.htm]).

Tessar 45 mm f/2,8 pour reflex Yashica-Contax (~1985)

Il a existé un Zeiss Tessar 5cm f/2,7 (~1926), peu performant mais suffisant pour une utilisation sur chambre « presse » ou en cinématographie [4].

A noter : si le brevet du Tessar est depuis belle lurette tombé dans le domaine public, le nom commercial, lui, est toujours propriété de Carl Zeiss. Cela est vrai aussi pour les Planar et Sonnar.

Elmar et autres clones

À l’expiration du brevet, les types Tessar fleurirent un peu partout, comme les Schneider Xenar (ou certains Kodak Ektar). Signalons les Skopar de chez Voigtländer, apparus à la fin des années vingt. La mouture 1949 du Color-Skopar (par Tronnier) était quasiment apochromatique (cf www.klassik-cameras.de [http://www.klassik-cameras.de/Bessa_RF_histo_dt.html#Skopar] ) ; à essayer absolument si, par exemple, un Bessa II vous passe entre les mains.

Un cousin assez connu du Tessar fut l’Elmar de Leitz, apparu en 1930, qui contribua à faire du Leica l’arme absolue du reporter, et un rêve pour quantité d’amateurs. L’Elmar 5cm f3.5, conçu en 1926-1929 par Berek, était un calcul un peu différent, ce qui se voit à la courbure moindre de la lentille frontale (et aussi à la position du diaphragme, immédiatement derrière le premier élément). Cet objectif couvrait en fait le 3x4 cm. Il n’était pas correctement adapté à la photo couleur ; ce qui fut corrigé dans l’évolution de 1946 [http://www.dg77.net/photo/leicaM39/elmar50_35.htm], utilisant des verres aux terres rares, un traîtement anti-reflet, reconnaissable au crantage contemporain des diaphragmes (…4 - 5,6 - 8…).


Diverses évolutions du triplet

Le Tessar est limité en ouverture ; pour aller vers de plus grandes luminosités, il a fallu augmenter le nombre d’éléments, soit par des éléments additionnels, soit par dédoublement de lentilles.

BioTessar

Dans les années 1930, Zeiss produisait des BioTessar f/2,8 à 6 él./3 gr. – groupe avant de 2 lentilles, triplet au lieu de doublet à l’arrière. Meilleur que le simple Tessar f/2.7 mais plus encombrant, il s’agit de focales 135 et 165mm pour appareils moyen-format (6x9, 9x12cm).

Biotessar Zeiss Biotessar
Heliar
Heliar 1900 Heliar 1900 C.A.H. Harting
Heliar / Dynar

L’Heliar est une formule à 5 éléments en 3 groupes. Il s’agit d’un triplet de Cooke amélioré par le dédoublage des 2 éléments convergents extrêmes. En 1900, Carl August Hans Harting (15/2/1868 - 21/9/1951) déposa un premier brevet, amélioré en 1902 (astigmatisme [*] et courbure de champ [*] laissaient à désirer). Son champ de 50° et sa bonne luminosité (f/4,5) lui assurèrent un succès immédiat. Il y eut une révision en 1903 baptisée Dynar, mais l’Heliar restait alors mieux corrigé de l’astigmatisme [*]. Les Heliar sortis après 1925 par Voigtländer étaient en fait des Dynar. Une version de 1935 (Universal Heliar) permettait de faire varier l’aberration sphérique par déplacement de l’élément central : caractéristique particulièrement utile aux portraitistes [*]. L’Ektar Kodak de 1942 est aussi un Heliar. Tronnier recalcula tout ça en 1949, ce qui donna le Color-Heliar, assez connu avec les 105mm f/3,5 des Bessa de Voigtländer.


Apo-Lanthar Apo-Lanthar

Ces fameux Bessa en format 6x9 furent produits en 3 modèles. Par ordre de prix croissant ils étaient équipés respectivement d’un Color-Skopar (cf supra), d’un Color-Heliar et d’un Apo-Lanthar. Ce dernier sortit en 1950 ; il utilisait les nouveaux verres spéciaux et un design assez différent de l’Heliar originel. Ses verres étaient du type radioactif jusqu’en 1955, mais pas après ; afin d’éviter la dominante jaune des premiers, on conseillera la plus récente version à ceux qui veulent utiliser l’objectif en prise de vue couleur.

Il faut admettre que la formule optique de l’Apo-Lanthar (cf schéma) ressemble beaucoup à celle du Pentac de Booth (1919, cf infra).


Cosina Voigtlander Heliar 50mm f/3.5 & f/2.0 Classic

Vers 1999-2009, des Heliar (f/3,5 et f/2,0) ont été produits par Cosina-Voigtlander [5]. Les progrès des calculateur, mais peut-être plus encore en verrerie, permettent aux derniers 50 mm en monture M pour télémétriques 24x36 d’atteindre l’ouverture très utile de f/2,0 avec une qualité générale impeccable aux diaphragmes moyens, et un délicieux rendu « à l’ancienne » à pleine ouverture. Le schéma est singulièrement proche de l’Apo-Lanthar.

Quant au modèle plus modestement ouvert à f/3,5, il était admis que seul un Summilux ASPH de Leica pouvait éventuellement lui être comparé sur le plan de la définition. Les triplets ne sont donc pas à prendre pour une de ces familles déshéritées, composées d’individus un peu simplets, de ces pelés et autres galeux dont on parlerait presque avec gêne.

Cosina Voigtlander Heliar 75 f/1.8 Classic

A la grande joie des amateurs, l’été 2010 a vu la naissance d’un autre Heliar Classic, en focale 75 mm ouvert à f/1,8. Un rêve pour ceux qui cherchent un objectif à portrait et trouvent le 50 mm un peu court. Cet objectif comporte 6 éléments suivant un schéma en trois doublets, étrangement semblable au fameux Hektor f/1,9 (cf infra). C’est une alternative digne d’attention au réputé mais rare Summilux 75/1,4.


Pentac

Le Pentac fut conçu en 1919 par L. B. Booth pour Dallmeyer. Il se présente sous la forme d’un triplet disymétrique aux éléments extrêmes doublés ; tout comme l’Heliar en somme, mais avec des verres à indice de réfraction élevé, d’où la courbure inverse des surfaces collées. A la sortie de la guerre 14-18, il fit sensation avec son ouverture de f/2,9, combinée à un bon angle (le 6 inches i.e. 150 mm couvrait le 4x5 – 10,2x12,7 cm), outre une qualité satisfaisante et un contraste meilleur que les Gauss f/2 (cf infra « Planar lumineux ») qui n’allaient pas tarder ; de même qu’un encombrement inférieur.


On produisit des Pentac f/2,9 à partir de 1921 pour de nombreuses applications (chambres « presse » de reportage, cinéma, projection, version spéciale pour portraits à éléments mobiles) jusqu’après la seconde guerre mondiale, où il fut massivement utilisé comme objectif de reconnaissance aérienne. Si vous trouvez un appareil Williamson modèle F.24 (objectif Dallmeyer, TTH ou autre, 8" i.e. ~20cm) en service sur certains Spitfire, sachez que Kodak produit toujours son excellente Panatomic [http://www.kodak.com/eknec/documents/1e/0900688a802b091e/ti1172.pdf] en bobines de 5 pouces de large…


Hektor

De même que l’Elmar de Leitz était cousin du Tessar par Zeiss, on peut dire que l’Hektor est un proche de l’Heliar.

La photo couleur émergea dans les années trente. Ses Elmar n’ayant pas une correction chromatique suffisante, Leitz conçut les Hektor : dans ces formules, les éléments du triplets sont dédoublés en collages, ce qui permet l’amélioration voulue, mais au prix d’autres imperfections (aberration sphérique et focus-shift [*]). Un inconvénient supplémentaire de ce design est sa sensibilité aux défauts de fabrication : la qualité peut varier dans des proportions importantes d’un specimen à l’autre.

L’Hektor 50 mm (1931) avait une ouverture avantageuse de f/2,5. Il était peu homogène et, aux plus grands diaphragmes, ne brillait pas spécialement. Mais dès f/4 la qualité d’image rejoint puis dépasse celle d’un Elmar de la même période.

Formule optique Hektor f/1,9 Leica Hektor f/1,9 - optical formula

Poussant le concept, une ouverture de f/1,9 fut atteinte par le Leitz 73 mm Hektor (1931-1946 [6]). Il souffrait d’une notable aberration sphérique qui, avec cette focale, aurait pu en faire un objectif très bien adapté au portrait si sa mollesse congénitale n’avait pas eu tendance à s’aggraver à courte distance, fut-ce en diaphragmant désespérément (à quoi s’ajoutait du chromatisme quand même, un contraste très faible sur les bords aux grandes ouvertures, etc.). Il y eut aussi des Hektor Rapid pour le cinéma, f/2.0 (et même f/1,4 ou f/1,3 avec les éléments frontaux séparés).

Hektor 73mm f/1,9 sur un Leica I

Les ingénieurs cessèrent ensuite de s’acharner dans cette direction, où ils risquaient de se perdre dans la brume.


Elmarit 90/2.8 1958

Court télé à 5 lentilles en trois groupes, produit de 1958 à 1974. C’était là encore un dérivé de triplet, au schéma proche des Hektors précités. Il était calculé pour la prise de vue générale, l’Elmar trois lentilles de même focale étant destiné à la photo rapprochée (cf supra).

Elmarit 90/2.8 1958Schéma formule optique Elmarit 90 2.8

Tele-Tessar T* 4/85 ZM (2009)

Plus d’un siècle après son apparition, le Tessar constitue toujours une base valable.

Pour épauler le magnifique mais ruineux ZM Sonnar 2/85 pour 24x36 télémétriques de 2006 (rayé du catalogue début 2011), Carl Zeiss a concocté un 85 mm Tele-Tessar moins lumineux (f/4,0) mais plus abordable, quoique pas du type économique simplifié : à Oberkochen, on ne rechigne jamais à empiler des lentilles, et ce Tessar est peaufiné au point de remplacer l’unique élément avant par un doublet (dont la courbure montre que ce n’est ni un Hector ni un Pentac, l’arrière indiquant de son côté qu’on n’est pas en présence d’un Heliar…).

Carl Zeiss Tele Tessar 4/85 ZM Carl Zeiss Tele-Tessar T* 4/85 ZM

Primoplan

Le Primoplan est un triplet modifié de type particulier (5 éléments en 4 groupes) produit dans les années 1930 chez Meyer Görlitz (cf infra le Kino Plasmat). En version ciné 25 mm l’ouverture atteignait f/1,5 ; pour les appareil-photo Exakta on eut un 50 f/1,9 de 1934 (focale repoussée à 58 mm en 1938 pour le rendre utilisable sur les reflex). Cette optique dût son succès à la combinaison d’une grande ouverture avec un prix abordable, plutôt qu’à sa qualité : l’image faiblit sur les bords (raison pour laquelle la version 75 mm, dotée au surplus d’un idyllique bokeh, est singulièrement recherchée).

La production des Primoplan fut poursuivie côté Allemagne de l’Est (DDR ou encore « RDA ») longtemps après la 2nde guerre mondiale. Vous pourrez facilement en trouver, et en jouir sur votre boîtier à monture vissante M42 préféré.


Ultrastigmat

Ultrastigmat (Charles C. Minor) Ultrastigmat

Charles Clayton Minor chercha lui aussi à amender le triplet. Cet habitant de Chicago est connu pour son Ultrastigmat précurseur des Ernostar et Sonnar. L’Ultrastigmat originel était un f/4,5 (brevets et exploitation par la firme Gundlach). Des modèles très lumineux, ouverts à f/1,9 sortirent en 1916-1920. Il s’agissait de 40, 50 et 75 mm pour cinéma 35 mm. Bref…


Ernostar

…Charles C. Minor ayant ajouté un élément dans l’intervalle avant du Triplet, Ludwig Bertele (1900-1980) décida en 1919 d’utiliser l’idée. On notera au passage qu’il avait 19 ans ! On le retrouvera plus loin, pour l’heure il avait été recruté par Heinrich Ernemann (1850-1928) à Dresde. Le résultat fut l’Ernostar.

L’Ernostar se décline en 4, 5 ou 6 lentilles. Dans sa configuration élémentaire, constituée de 4 éléments séparés, on connaît par exemple le Serital de Taylor Taylor & Hobson pour cinéma 16 mm ouvert à f/1,9..

TTH Serital 1" (2,54cm) 1:1.9

M. Simon Wyss, expert technicien à Bâle, me signale que Serital est l’abréviation de Separate Rear Inverted Taylor Anastigmatic Lens. Comme exemples plus récents, on ne manquera pas de citer les M-Rokkor (Minolta) et Elmar-C (Leica) de 90 mm f/4.0 (cf la page dédiée).

Le très bon Konica M-Hexanon 90mm f/2,8 de 1999 à cinq lentilles en quatre groupes (pour appareil Konica RF ou tout autre à baionnette Leica M) est un Ernostar caractérisé.

Konica M-Hexanon 90mm f/2,8 Konica M-Hexanon 90mm f/2,8

Développé à 6 lentilles en 4 groupes par Bertele, l’Ernostar, équipait l’Ermanox, un appareil photo moyen format doté d’un objectif de 100mm f/2, puis 85 f/1,8, d’un obturateur plan-focal offrant le 1/1000e, apparu en 1924 et qui satisfaisait les rêves les plus fous des reporters.

Source : dioptrique.info [http://dioptrique.info/] Ernostar 1922, f/2,0, F=100 mm, (champ 30°)
Ermanox 4,5 x 6, 1:2.0/100 mm :

L’Ermanox était fabriqué à partir des classiques Klapp ; c’était un appareil à plaques, le plus répandu (ou plutôt : le moins rare) étant au format « miniature » 4,5 x 6 ; pour celui-ci Ernemann (Krupp-Ernemann Kinoapparate AG) proposait un dos optionnel pour roll-film 120. Il a existé aussi en 6,5 x 9, 9 x 12, et même en grand format : 10 x 15, et 13 x 18 ; focales respectives : 125, 165, 195, et encore un 240 mm pesant 6,250 kg. L’illustration infra, aimablement fournie par Bailun [http://cdags.org/daguerreotypes-bailun/] , prouve l’existence du dernier cité.

Ernostar 240mm pour format 13X18 Ernostar 240

Dans des formats similaires, on trouve toujours des moyen-formats (bobines type 120 ou 220) de reportage [7]. Ces appareils souvent robustes et simples peuvent être d’excellentes affaires en occasion. Mais leurs objectifs restent à un prudent f/3,5 (f/2,8 au mieux), car le fort rapport de reproduction comparé au 24x36 rend la profondeur de champ [*] très réduite et la mise au point appelle un soin certain. L’utilisation de l’Ernostar à pleine ouverture devait donc être plutôt aléatoire en reportage d’action [8] : l’heure du film 35 mm allait sonner. D’ailleurs en 1926, Ernemann est absorbé par le conglomérat Zeiss Ikon ; en 1931 l’Ermanox est discontinué.

Sonnar

L’inspiration de Bertele

En 1930, Bertele, se retrouvant chez Zeiss, s’attaqua à une formule dérivée de son Ernostar f/1,8, ce qui donna dès 1931 le Sonnar 50mm f/2 (6 él./3 gr.), et l’année suivante une version f/1,5 (7 él./3 gr.). Dans le Sonnar 1:1.5, les groupes arrière et médian comportent chacun 3 éléments collés. Cet objectif très réussi, relativement facile à fabriquer et compact, donne une image douce à pleine ouverture mais nette et contrastée sur tout le champ en diaphragmant. La formule du Sonnar a aussi l’avantage de limiter le nombre des surfaces air-verre, et donc les réflexions parasites. Cet aspect des choses était particulièrement important à une époque où les traîtements antireflets étaient inconnus.

Les Sonnar (et leurs proches) très lumineux ont l’inconvénient de souffrir d’un sensible focus shift [*].

Le Jupiter 3 soviétique, produit en 1948 chez KMZ (Krasnogorski Mekhanicheskii Zavod) est tout simplement la continuation du Sonnar d’avant-guerre, perpétué jusqu’en 1988.

Avant 1936, il y eut un massif Sonnar 85mm f/2, auquel le Jupiter 9 succéda, semble-t-il, jusqu’au début du XXIe siècle ! Ne pas confondre avec le Zeiss ZM 85/2.0 T* (2005-2011) en monture M, fabriqué à l’ouest par Zeiss Oberkochen : la dénomination Sonnar adoptée en mémoire de son illustre aïeul ne doit pas cacher le fait que le ZM est un type Planar.

Sonnar 85/2.0 (1936)

A des focales sensiblement plus longues que la normale (angle de champ inférieur à 24°), le Sonnar peut être simplifié. Le groupe central est alors réduit à une ou deux lentilles épaisses, qui suffisent à une bonne correction – sous réserve de ne pas vouloir pousser la luminosité. Voir plus loin, dans la partie sur les longues focales, sous-section « semi-télés ».

Bonheur des photographes

Si, sur le papier, le Sonnar n’atteint pas la perfection, il n’en reste pas moins qu’il ravit encore nombre de photographes. Tant il est vrai que les meilleures performances sur banc de laboratoire ne concordent pas forcément avec l’appréciation subjective du résultat final.

Pour certains, le Sonnar possède toujours une aura qui le rend irremplaçable. La formule fut d’ailleurs reprise par plusieurs fabricants, cf le Canon Serenar 1.5/50 de 1947 signé par Seiki Kogaku – ceci malgré les progrès du Planar.

Serenar (Canon) 1947
Carl Zeiss ZM C-Sonnar

La formule a vu une réédition récente (2006) avec le Carl Zeiss C Sonnar T* 1,5/50 mm ZM à monture compatible Leica M, destiné au Zeiss Ikon ZI. Il est étudié particulièrement pour les photographes qui préfèrent un rendu spécial, quitte à accepter quelques inconvénients d’utilisation. Sa formule a la particularité de ne comporter que 6 éléments, la lentille intermédiaire du groupe central est remplacée par un espace d’air. Sur cet objectif on vérifie le focus shift [*] non négligeable propre à la formule. A telle enseigne que le fabricant a pu offrir la possibilité de caler (gratuitement) le bloc optique à la plus grande ouverture, au lieu du calage « usine » positionné à f/2,8.

L’auteur étant un des heureux utilisateurs de cet objectif, on consultera avec profit la page ad hoc [http://www.dg77.net/photo/zm/csonnar50.htm].


MS Optical Sonnetar 50mm f/1.1 MC

Apparu en septembre 2012, cet objectif figure parmi les specimens présentés au début. Contrairement aux optiques ci-dessous, comme le fameux Zunow, c’est un Sonnar tout simple, composé de 5 lentilles en 4 groupes. Focale : 51,7 mm ; diaphragme sans encliquetage de 14 lamelles ; poids nu : 190g, remarquable. L’aberration de coma [*] est réglable par une bague agissant sur l’élément arrière.

MS Optical Sonnetar 50mm f/1.1 MC

Extrapolations ultralumineuses

En 1930, Albrecht Wilhelm Tronnier (1902-1982), autre jeune virtuose de la règle à calcul et des tables de logarithmes, décrivit un objectif proche du Sonnar et particulièrement lumineux. Le brevet fut déposé en 1932 par Schneider sous le n. DE 565566 A. [http://depatisnet.dpma.de/]

Il fallut attendre de longues années pour en voir la concrétisation. Ce fut après 1951, quand (outre l’extinction du brevet) la diffusion de verres spéciaux comportant des terres rares [9] permit de voir fleurir de remarquables réalisations. Toujours pour le 24x36, on vit un Fujinon de 50 mm ouvert à f/1,2 et un Zunow de type Tronnier 50 mm f/1,1.

Fujinon f/1,2
Zunow f/1,1

Le Fujinon fut fabriqué en un nombre limité d’exemplaire, sa possession est devenue un rêve quasi inaccessible à la plupart des collectionneurs. Certains lui accordent une qualité très honorable (pour l’époque ?).

Aussi ardemment convoité, le Zunow 1:1.1 était remarquablement compact, ce qui est une des caractéristiques des Sonnar. Selon certaines sources, c’était au départ un objectif à vocation cinématographique. Le modèle destiné aux boîtiers télémétriques de la marque (mais également adaptable, si l’on en croit le prospectus reproduit ci-contre, sur Leica, Canon, Contax et Nikon) connut deux versions : celle de 1953 par Mishisaburo Hamano, (9 lentilles / 5 groupes), et 1955 par Kenji Kunimi et Yoshisato Fujioka (9 / 4). Par la suite, il exista une version un peu moins ambitieuse, ouverte à f/1,3. Il faut dire qu’à la pleine ouverture de f/1,1 le contraste est bas, les ravages de l’aberration de coma [*] sont visibles sur les bords ; et le focus shift [*], typique de ce genre d’objectif, rend un peu plus compliquée la mise-au-point.

Voir des exemples de photos au Zunow sur rangefinder forum.

En 1958, Zunow lança un appareil photo reflex et une gamme d’objectifs, parmi lesquels un 58 mm f/1,2. C’était une belle avance sur Pentax, Canon, Olympus ou Nikon qui peinaient encore pour offrir un objectif standard f/1,4. Ce fut pour Zunow une fatale fuite en avant pour tenter de résister à ses puissants rivaux : la firme disparut peu après.


Ciné petit format

Outre les modèles relativement simples à 4 lentilles (cf supra Triplets poussés), on trouve en cinéma petit format d’autres formules plus complexes à ouvertures très intéressantes. Quelques modèles pour 8 ou 16 mm :


Notes

Cre : 03 dec 2011 - Maj : 28 juin 2017

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