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  D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres

Simone Weil

Il n’est possible d’aimer et d’être juste que si l’on connaît l’empire de la force et si l’on sait ne pas le respecter.

La vulnérabilité des choses précieuses est belle parce que la vulnérabilité est une marque d’existence. (La pesanteur et la grâce)

Dès qu’on a pensé quelque chose, chercher en quel sens le contraire est vrai. (La pesanteur et la grâce)

La nécessité est l’écran mis entre Dieu et nous pour que nous puissions être. C’est à nous de percer l’écran pour cesser d’être. (La pesanteur et la grâce)


La pesanteur et la grâce

Addendum (Les numéros renvoient aux pages de l’édition Plon 2019).

[40] S’abaisser c’est monter à l’égard de la pesanteur morale. La pesanteur morale nous fait monter vers le haut.

[65] …les désirs sont vrais en tant qu’énergie. C’est l’objet qui est faux.

[85] Il ne faut pas être moi, mais il faut encore moins être nous.

[104] Il faut préférer l’enfer réel au paradis imaginaire.

[106] Pourquoi la volonté de combattre un préjugé est-elle un signe certain qu’on en est imprégné ? Elle procède nécessairement d’une obsession. Elle constitue un effort tout à fait stérile pour s’en débarrasser. La lumière de l’attention en pareille affaire est seule efficace, et elle n’est pas compatible avec une intention polémique.

[107] Notre vie réelle est plus qu’aux trois quarts composée d’imagination et de fiction. Rares sont les vrais contacts avec le bien et le mal.

[108] Il faut un travail pour exprimer le vrai. Aussi pour le recevoir. On exprime et on reçoit le faux, au moins le superficiel, sans travail.

[113] Les pensées sont changeantes, obéissantes aux passions, aux fantaisies, à la fatigue. L’activité doit être continue, tous les jours, beaucoup d’heures par jour. Il faut donc des mobiles de l’activité qui échappent aux pensées, donc aux relations : des idoles.

[121] Désirer échapper à la solitude est une lâcheté. L’amitié ne se recherche pas, ne se rêve pas, ne se désire pas ; elle s’exerce (c’est une vertu). Abolir toute cette marge de sentiment, impure et trouble.

[126] Le mal imaginaire est romantique, varié, le mal réel morne, monotone, désertique, ennuyeux. Le bien imaginaire est ennuyeux ; le bien réel est toujours nouveau, merveilleux, enivrant. Donc la « littérature d’imagination » est ou ennuyeuse ou immorale (ou un mélange des deux). Elle n’échappe à cette alternative qu’en passant, en quelque sorte, à force d’art, du côté de la réalité –, ce que le génie seul peut faire.

[134] On croit que la pensée n’engage pas, mais elle engage seule, et la licence de penser enferme toute licence. Ne pas penser à, faculté suprême.

[146] Alexandre est à un paysan propriétaire ce qu’est don Juan à un mari heureux.

[172] Chute de Troie. Chute de pétales d’arbres en fleurs.

[185] Le poète produit le beau par l’attention fixée sur du réel. De même l’acte d’amour. Savoir que cet homme, qui a faim et soif, existe vraiment autant que moi – cela suffit, le reste suit de lui-même.

[217] Nous voulons toujours autre chose qu’exister.

[220] Civilisation des Grecs. Aucune adoration de la force. Le temporel n’était qu’un pont. Dans les états d’âme, on ne cherchait pas l’intensité, mais la pureté.

[222] Le beau est ce qu’on peut contempler.

… Le beau est ce qu’on désire sans vouloir le manger.

[235] Le gros animal [cf Platon, La République] est le seul objet d’idolâtrie, le seul ersatz de Dieu, la seule imitation d’un objet qui est infiniment éloigné de moi et qui est moi.

[236] Celui qui est au-dessus de la vie sociale y rentre quand il veut, non celui qui est au-dessous.

[238] Rome c’est le gros animal athée, matérialiste, n’adorant que soi, Israël, c’est le gros animal religieux.

… Le marxisme, pour autant qu’il est vrai, est entièrement contenu dans la page de Platon sur le gros animal, et sa réfutation y est contenue aussi.

[239] Le service du faux Dieu (de la Bête sociale sous quelque incarnation que ce soit) purifie le mal en éliminant l’horreur. À qui le sert, rien ne paraît mal, sauf les défaillances dans le service.

[250] Comme on ne peut attendre d’un homme qui n’a pas la grâce soit juste, il faut une société organisée de telle sorte que les injustices se punissent les unes les autres en une oscillation perpétuelle.


Cre : 25 sep 2003 - Maj : 17 sep 2019

Cre : 25 sep 2003 - Maj : 17 sep 2019

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