D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres

Benedetto Croce, Histoire de l’Europe au XIXe siècle

Ed. Gallimard, trad. Henri Bedarida

VIII. Unification de la puissance allemande et changement de l’esprit public en Europe. Du naturalisme positiviste au décadentisme (1870).

De son côté, il [Bismarck] voulait faire et faisait de la politique et seulement de la politique, comme Moltke faisait la guerre et rien que la guerre. Et, sa politique, il la faisait suivant un calcul sûr, audacieux et circonspect, sachant renoncer au profit moindre pour le plus grand, au profit momentané pour le durable, saisissant toutes les occasions et changeant de tactique ou de but immédiat selon le changement des conditions, sans jamais perdre de vue son but définitif qui était, comme nous l’avons dit, la création d’un centre de puissance. Non pas qu’il portât dans son esprit un plan bien fixé, réalisé par degrés jusqu’à la pleine réalisation de 1870, conformément à ce que l’on a imaginé et qui a été contredit par ses paroles, par ses actes et par les documents historiques. Cette idée illusoire de plans préétablis, si elle répond au sentiment du vulgaire, ne répond pas à la réalité, car le poète a l’inspiration sans doute, mais ne voit pas d’avance l’œuvre qu’il entreprend, qui se présente à lui-même comme nouvelle et dont il se fait le contemplateur, car le philosophe également peut bien avoir une lueur de vérité, mais il ne sait où cette lueur le conduira que lorsqu’il est arrivé au terme de sa recherche, que lorsque son système est né et qu’il est le premier à l’écouter, le premier à s’en faire le disciple. De même, l’homme politique suit une tendance qui est en lui incoercible, et c’est au milieu d’obstacles, d’arrêts, de déviations, de concessions et de détours qu’il arrive à l’œuvre politique où cette tendance prend corps.


Cre : 14 oct 2011

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