D.A.F. de Sade (1740-1814) La Philosophie dans le Boudoir (suite - Troisieme dialogue)
D : Cette façon est délicieuse, Eugénie ; je vous en recommande l’exécution. Faire perdre ainsi les droits de la propagation et contrarier de cette manière ce que les sots appellent les lois de la nature, est vraiment plein d’appas. Les cuisses, les aisselles servent quelquefois aussi d’asiles au membre de l’homme, et lui offrent des réduits où sa semence peut se perdre, sans risque de grossesse.
S-A : Quelques femmes s’introduisent des éponges dans l’intérieur du vagin, qui, recevant le sperme, l’empêchent de s’élancer dans le vase qui le propagerait ; d’autres obligent leurs fouteurs de se servir d’un petit sac de peau de Venise, vulgairement nommé condom, dans lequel la semence coule, sans risquer d’atteindre le but ; mais de toutes ces manières, celle du cul est la plus délicieuse sans doute. Dolmancé, je vous en laisse la dissertation. Qui doit mieux peindre que vous un goût pour lequel vous donneriez vos jours, si on les exigeait pour sa défense ?
D : J’avoue mon faible. Il n’est, j’en conviens, aucune jouissance au monde qui soit préférable à celle-là; je l’adore dans l’un et l’autre sexe ; mais le cul d’un jeune garçon, il faut en convenir, me donne encore plus de volupté que celui d’une fille. On appelle bougres ceux qui se livrent à cette passion ; or, quand on fait tant que d’être bougre, Eugénie, il faut l’être tout à fait. Foutre des femmes en cul n’est l’être qu’à moitié: c’est dans l’homme que la nature veut que l’homme serve cette fantaisie ; et c’est spécialement pour l’homme qu’elle nous en a donné le goût. Il est absurde de dire que cette manie l’outrage. Cela se peut-il, dès qu’elle nous l’inspire ? Peut-elle dicter ce qui la dégrade ? Non, Eugénie, non ; on la sert aussi bien là qu’ailleurs, et peut-être plus saintement encore. La propagation n’est qu’une tolérance de sa part. Comment pourrait-elle avoir prescrit pour loi un acte qui la prive des droits de sa toute-puissance, puisque la propagation n’est qu’une suite de ses premières intentions, et que de nouvelles constructions, refaites par sa main, si notre espèce était absolument détruite, redeviendraient des intentions primordiales dont l’acte serait bien plus flatteur pour son orgueil et sa puissance ?
S-A : Savez-vous, Dolmancé, qu’au moyen de ce système, vous allez jusqu’à prouver que l’extinction totale de la race humaine ne serait qu’un service rendu à la nature ?
D : Qui en doute, madame ?
S-A : Oh ! Juste ciel ! Les guerres, les pestes, les famines, les meurtres ne seraient plus que des accidents nécessaires des lois de la nature, et l’homme, agent ou patient de ces effets, ne serait donc pas plus criminel, dans l’un des cas, qu’il ne serait victime dans l’autre ?