D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e      Les belles lettres

Benedetto Croce, Histoire de l’Europe au XIXe siècle

Ed. Gallimard, trad. Henri Bedarida

II. Les fois religieuses opposées

[...]

Si l’image de la Révolution Française en vint plus tard à rejeter dans l’ombre ce qu’il y avait eu en elle de pire et si elle mit en relief le côté admirable des passions et des actions, par l’effet de l’éloignement dans le temps et plus encore des histoires tandancieuses et embellissantes, au moment qui nous occupe ici l’évènement était trop rapproché, il avait laissé trop de témoins directs et de trop vives impressions de sa prosaïque et vulgaire réalité pour que l’idéal démocratique pût y puiser vigueur et splendeur. On peut même dire que cet idéal était sorti de là fort mal en point et qu’en général et dans les milieux les plus divers, il était renié. Plusieurs des acteurs survivants de la Révolution et des auteurs de la Terreur, ceux des vieux jacobins qui étaient le moins incapables d’actions efficaces ou ceux qui par l’expérience avaient redressé et éduqué leur capacité naturelle, étaient passés au service de Napoléon, et, devenus les hommes de ces régimes, ils comptaient parmi les plus dénués de scrupules, parmi les instruments les plus inexorables dans la guerre contre la démocratie et la liberté : ils donnaient par là raison à une remarque du plus serein des poètes selon laquelle il faudrait mettre en croix tout fanatique à l’âge de trente ans, parce que celui qui a été un illusionné se transforme, une fois revenu à la sagesse, en coquin [1].


Notes


Cre : 29 sep 2011 - Maj : 21 juil 2014

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