Le web de Dominique Guebey – Les belles lettres

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  D o m i n i q u e   G u e b e y    J u n g l e    Les belles lettres

Clics et claquantes

Linguistique et phonologie. Quand le geste et la parole se rejoignent. Exemples trouvés dans la littérature.

Sommaire

Explicite

Xavier de Maistre, Expédition nocturne autour de ma chambre
(XXXVIII) « Profitons, profitons de sa course, m’écriai-je. Je veux employer utilement les instants qu’il va m’enlever. » Voulant tirer parti de cette bonne résolution, à l’instant même je me penchai en avant pour m’élancer courageusement dans la carrière, en faisant avec la langue un certain claquement qui fut destiné de tout temps à pousser les chevaux, mais qu’il est impossible d’écrire selon les règles de l’orthographe. gh ! gh ! gh ! et je terminai mon excursion à cheval par une galopade.
Marcel Proust, Sodome et Gomorrhe
(II/II) « Mais le nom de Poussin, sans altérer l’aménité de la femme du monde, souleva les protestations de la dilettante. En entendant ce nom, à six reprises que ne séparait presque aucun intervalle, elle eut ce petit claquement de la langue contre les lèvres qui sert à signifier à un enfant qui est en train de faire une bêtise, à la fois un blâme d’avoir commencé et l’interdiction de poursuivre. »
Thomas Mann, Der Zauberberg
(La montagne magique, Chap. 3 – Satan « il prit le parti de sourire et de fredonner en vrai bourreau des cœurs. « T, t, t, ! » fit-il claquer sa langue, puis : Oh ! là, là, mignonne demoiselle, veux-tu être à moi ?… [1]
Conrad, Un paria des iles
2e partie, ch. IV (p290 coll. La Pléiade, Oeuvres Vol.1) « “Tut ! Tut ! Tut !” fit-il, claquant la langue d’un ton désapprobateur. » (En anglais : Tse ! Tse ! Tse ! cf note page 1253)
Virginia Woolf, La traversée des apparences (The Voyage Out)
Ch. II (p. 21 coll. La Pléiade, Oeuvres Vol.1) « Ridley émit un son qui peut se transcrire par « Ttt » »
Nabokov, Ada
p 454 2e partie, chap. V « Elle m’abandonna », poursuivit Lucette en produisant un « clic » d’un côté de la bouche et en lissant d’une paume pensive son bas chair pâle. » [2]
Hugo Claus, Le chagrin des Belges (trad. Alain van Crugten)
(Chap. XIX) « — Comment pouvait-il le savoir ? Elle eut un claquement de lèvres impatient. […] » [3]
(Chap. XXVII) « — Le vicaire laissa échapper par trois fois un petit sucement aigu, comme s’il extrayait une petite fibre de viande d’entre ses dents. » [4]
Joyce Carol Oates, Paysages perdus.
Ch. Heureux le poulet, 1942-1944 «  … Si la Grand-Mère était à proximité, elle claquait généralement de la langue comme une poule indignée et lui disait de se relever parce qu’elle ne s’était rien fait de grave. »
« … et ma mère la tamponna très vite avec des mouchoirs tandis que la Grand-mère faisait tss-tss ! et claquait la langue. »
The Times Literary Supplement, March 15 2019, p.34
Nobody knows anything – How journalism really works (Francis Wheen) : « […] As feature editor and creator of the Guardian G2, section it was he more than anyone who pioneered the paper’s having-it-ways trick of tut-tutting over tabloid celeb scandals while raking over all the titillating details. »

En français dans le texte

Martin Winckler, La Maladie de Sachs
(Ch. 8 – Marie-Louise Renard) « Tu hoches la tête. — T-tt. […] — T-tt… Venez, Madame Renard, montez sur la balance… »
Barbey d’Aurevilly, Une vieille maîtresse
(2e partie, ch. IV Courrier par courrier) « Mais ce ne fut là qu’un instant ; un diable de mouvement ou un mouvement du diable qui ne dura pas, madame la comtesse. « Ta, ta, ta, — me dis-je in petto, — elle se moque de moi, après tout, cette commère-là, avec ses compliments à la comtesse de Mendoze… » »
Georges Sand, La Comtesse de Rudolstadt
(Ch. XXVII, Phébus coll. libretto) « — Grand merci, monsieur le docteur, je ne vous l’ai pas demandé, et je ne désire pas le savoir. — Ta ta ta ! reprit Superville, vous voilà tombée dans la voie romanesque où il plaît au prince d’entraîner tous ses amis. »
Victor Hugo, Les misérables
(1ère partie, livre I, chap. VIII “Philosophie après boire”) « […] Et puis, on verra Dieu. Ta ta ta. Fadaises que tous ces paradis. […] »
(3ème partie, livre VIII, chap. VII “Stratégie et tactique”) « […] — Ta, ta, ta ! dit la fille, comme tu galopes, bonhomme ! […] — Une fille d’esprit, c’est possible. […] Je ne connais rien de plus agaçant que des semelles qui jutent et qui font ghi, ghi, ghi […] »
(3ème partie, livre VIII, chap. XXII “Le petit qui criait au tome III”) « […] — Kisss ! kisss ! fit-il. Après ça, je ne me suis peut-être pas trompé. »
Marcel Proust, Du côté de chez Swann.
« — Ta, ta, ta, dit M. Verdurin, qu’est-ce que tu en sais, qu’il n’y a rien ? nous n’avons pas été y voir, n’est-ce pas ? » (Un amour de Swann / 31e page)
Marcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleur.
« Cependant le prince d’Agrigente, ayant entendu les mots « je ne suis pas intelligente », trouvait de son devoir de protester, mais il n’avait pas d’esprit de repartie. Taratata, s’écriait Mme Bontemps, vous pas intelligente ! » (Première partie / 135e page)
Lucien Rebatet, Les deux étendards.
(Ch. II) « …mais un talent incontestable, un talent éblouissant… Ta-ta-ta, mon cher Breton, quand M. Edmond Jaloux, prochain académisable, incline ses lunettes bienveillantes vers vous… »
(Ch. XII) « La fête de Jeanne d’Arc approchait […] — Tt, tt, tt ! faisait Régis. Il y a donc encore de ces saletés-là ? »
(Ch. XV) « — Je n’en suis pas aussi sûr que toi […] — Tt, tt, tt, fit Régis en secouant son grand nez. »
(Ch. XIX) « — Oui ? Tt ! Tt ! Il faudra que j’en dise deux mots à Rollet. »
(Ch. XXVIII) « — Tt ! Elle se porte à merveille… Un coup du frère. Tu as connu ça mieux que moi. »
Céline, Mort à crédit
(p. 370 Gallimard coll. folio) « Quand ma mère a été bien sûre que j’étais bien casé… […] Elle est demeurée admirative un bon moment à faire : « Oh ! Ttt ! Oh ! Ttt ! »
(p. 380) « Il était pâteux, il était plus très bavard, il était calmé… Il faisait comme ça avec sa langue : « Bdia ! Bdia ! Bdia ! »… Il sortait du magasin… il vacillait d’avoir dormi. »
Claude Simon Le vent
(ch. XIII) « […] celui du second policier, les traits empreints d’une expression conciliante, sa bouche esquissant une légère moue, faisant entendre une série de : « Tt… Tt… Tt… », réprobateurs, ennuyés, disant : « Voyons… », […] si bien qu’il (le policier) dit : « Allons, allons !… », faisant de nouveau entendre le même petit bruit réprobateur : « Tt… Tt… Tt… », disant sans se retourner, sans cesser de lui faire face : « Hé, chef, y demande après les gosses ! », puis de nouveau : « Allons, voyons !… Allons ! TtTtTtTtTtTtTt… », puis […] »
Amélie Nothomb, Hygiène de l’assassin
(ch. 3) – Ta, ta, ta ! Cessez d’employer des mots dont vous ignorez le sens. De la pure bonté, jeune homme !
Georges Bernanos, Monsieur Ouine.
(ch. 6) « N’avez-vous pas d’ailleurs voilà cinq minutes essayé de me tuer ou quelque chose d’approchant, hein ? Ta, ta, ta, ne dites pas non. Je me suis senti visé avec la grande jument comme avec le guidon d’un fusil. »
« — Tarata tata… l’âme repose… l’âme repose… Alors comment fait-elle pour haïr, votre âme qui repose ? »
Morris & Gosciny, Dalton City.

— Je vous hais ! Je vous hais tous !!

Tsk, tsk, tsk… Après tout ce qu’on a fait pour eux.

Marc Lambron, Tu n’as pas tellement changé.
« 30 juin 1991 : « Philippe vient déjeuner à la maison. Revient de Milan et du lac de Côme. À la Scala, il a vu l’Attila de Verdi avec Samuel Ramey, direction Muti. Cabale : les chanteurs sont américains, les Milanais sifflent entrent leurs dents, tss, tss,… »
Katherine Pancol, La valse lente des tortues.
(Première partie) « — Tutt ! Tutt ! Marcel Grobz… Ne deviens pas bêtement sentimental et commence par avaler ton jus d’orange sinon les vitamines vont s’évaporer et il faudra que tu happes l’air. »
Georges Duhamel, Le jardin des bêtes sauvages.
(Chap. XIX) «  Tu, tu, tu ! Je n’ai pas l’intention de me mettre en colère et je ne vois pas pourquoi tu veux que je te batte. »
Carole Fives, Une femme au téléphone.
« Tatata, tu verras quand tu aura mon âge » (p. 12) – « Tatata, vous pouvez raconter ce que vous voulez, c’est pas vous qui allez crever. » (p. 17) – « Je suis un retraité dynamique, pas compliqué… Tatata… » (p. 86).
Roger Martin du Gard, Les Thibault.
« — « Ta, ta, ta ! » déclara Antoine, qui ne plaisantait pas. « Il faudra qu’on t’examine sérieusement, qu’on étudie un peu les phénomènes digestifs… » (V – La Sorellina, chap. 9).
« C’était comme si, depuis deux jours, sous ses yeux, la mort se fût patiemment acharnée à tendre son piège : et, chaque fois que le ressort commençait à être bien bandé, crac, il échappait au cran d’arrêt : tout était à recommencer ! » (La mort du père – chap. VI).
« — « Zzzt, petite fille… », gronda doucement Meynestrel. » (L’été 1914 – chap. III).
« …et lui donc, pfuit ! il la faisait tourner entre ses doigts, en sifflotant… » (L’été 1914 – chap. VI).
« — « Tzs… Tzs… », fit Antoine, sceptique. » (L’été 1914 – chap. XV).
« —  « Ces petits-là, sst !… » confia-t-il à Vanhelde. » (L’été 1914 – chap. XXVI).
« — « Tst… » fit Rumelles, en se levant, les sourcils froncés » (L’été 1914 – chap. LVI).
« — « Ta, ta, ta… » Commençons par le commencement. Votre première blessure ? Qu’est-ce qu’il en reste ? » (Épilogue – chap. XIII).

En traduction

Le Journal de Mickey
« Tut ! Tut ! Tut ! », dit Onc’Picsou
Virginia Woolf, La traversée des apparences (The Voyage Out)
Ch. XXVII « — Ta, ta, ta, ça ne paraît pas bien — non, ça ne paraît pas naturel du tout », murmurèrent les tricoteuses, la voix absorbée. »
Virginia Woolf, Nuit et jour
Ch. VI (p. 451 coll. La Pleiade, Oeuvres Vol.1) « Mrs Seal donna un instant l’impression de ne pas en croire ses oreilles, et lança quelques « tss… tss… » réprobateurs en secouant la tête et regardant tour à tour Mary et Katharine. »
Virginia Woolf, Les années
Ch. 1913 : « — Un pyjama tout neuf ; je ne l’ai porté que deux fois », dit Martin, le dépliant. Crosby le toucha. Elle voyait tout de suite qu’il était fait de la soie la plus fine. « Tss… tss… tss… ! dit-elle, secouant la tête. »
Ch. Le temps présent : « Hum, hum, hum », dit-il en s’asseyant. Et Milly dit : Tst, tst, tst », observa North. C’est à cela qu’on aboutissait — après avoir été trente années mari et femme — Tst, tst, tst, et hum, hum, hum. Cela ressemblait au mâchonnement à demi-inarticulé d’animaux dans une écurie. Tst, tst, tst, et hum, hum, hum — d’animaux sortant de leur écurie à la molle paille fumante ; »
Joyce, Ulysse
p. 201 / 204 (8e chap. Les Lestrygons – Bonbons à l’ananas, sucettes au citron… Trad. Tiphaine Samoyault)

«  Il dépassa le magasin Bolton dans Westmoreland street. Thé. Thé. Thé. J’ai oublié de taper Tom Kernan. »

«  Tsss. Tst, tst ! Trois jours faut voir à gémir dans un lit avec un mouchoir trempé de vinaigre sur son front, son ventre prêt à éclater ! Pffou ! Absolument effrayant !… »

Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy
(trad. Charles Mauron) L.V, Ch. I « Ha, ah ! Hi, Hi ! s’écrièrent la Bartarelle et la Maronnette en faisant de même. — Aïe ! cria l’une, ts, ts, dit l’autre, chut ! souffla la troisième, peuh ! peuh ! répliqua une quatrième. Grand merci ! cria dame Carnavalette : c’était elle qui avait emmoustaché sainte Brigitte. »
Philip Roth, La Tache.
Ch. 4 (« De quel cerveau malade ? »)

« Il y en a d’autres, demande Louie, il y en a d’autres qui ont quelque chose à raconter sur leur première fois ici ?

Ntt » dit Chet tandis que Lynx se met joyeusement en devoir de liquider le bol de Les. »

[...]

« ...Tu donnes encore là-dedans à soixante et onze ans ? Ça te chamboule encore à soixante et onze ans ? Tstt, tstt. Il vaudrait mieux revenir au truc de base. »

En V.O.

Toni Morrison, Beloved (II/1)
« … When he got to the steps, the voices drained suddenly to less than a whisper. It gave him pause. They had become an occasional mutter-like the interior sounds a woman makes when she believes she is alone and unobserved at her work : a sth when she misses the needle’s eye ; a soft moan when she sees another chip in her one good platter ; the low, friendly argument with which she greets the hens. »
[trad. Hortense Chabrier et Sylviane Rué] « … Quand il parvint aux marches, les voix s’amenuisèrent soudain pour devenir moins qu’un murmure. Cela le fit hésiter. Elles étaient devenues un marmonnement intermittent — comme les petits bruits qu’émet une femme à son travail, quand elle se croit seule et non observée : un tss quand elle rate le chas de l’aiguille ; un gémissement sourd quand elle voit une nouvelle ébréchure à son unique beau plat ; les petites phrases murmurées, amicales avec lesquelles elle accueille les poules. »
Фёдор Достоевский, Бесы (part. III, Ch. V/4)
« — Онъ не смѣетъ ничего подумать. — Та-та-та, еслибы не былъ въ васъ влюбленъ какъ баранъ, не бѣгалъ бы по улицамъ высуня языкъ и не поднялъ бы по городу всѣхъ собакъ. Онъ у меня раму выбилъ. »
Fiodor Dostoievski, Les Démons. « — Jamais il ne pensera rien. — Ta ta ta, s’il n’était pas amoureux fou de toi, il n’aurait pas été courir les rues à perdre haleine ni excité tous les chiens de la ville. Il a cassé mon carreau. »
Фёдор Достоевский, Бесы (part. III, Ch. VI/3)
« — Э, полноте, ни за что! Садитесь съ нами. Я сейчасъ велю васъ перенести въ первый классъ. »
Fiodor Dostoievski, Les Démons. « — Mais voyons, taratata ! Installez-vous avec nous ! Je vous fais tout de suite mettre en première. »
Thomas Mann, Buddenbrooks: Verfall einer Familie (IV / 3)
« Papperlapapp, Buddenbrook! » sagte er mit sonderbarer Müdigkeit. « Ich bin ennuyiert, das ist das Ganze. »
Les Buddenbrook, déclin d’une famille. « Ta, ta, ta, ta ! Buddenbrook, dit-il, avec une fatigue évidente, je suis ennuyé, c’est tout ! »
Edward Morgan Forster, A room with a view (Chap. 2)
« Lucy said that this was most kind, and at once opened the Baedeker, to see where Santa Croce was.  “Tut, tut ! Miss Lucy ! I hope we shall soon emancipate you from Baedeker. He does but touch the surface of things. As to the true Italy — he does not even dream of it.” »
Avec vue sur l’Arno / Chambre avec vue. « C’était trop de bonté. Sur le champ Lucy ouvrit son Baedeker à la recherche de Santa Croce. « Ta, ta, ta, Miss Lucy ! Nous vous aurons bientôt émancipée du Baedeker. Il ne fait qu’effleurer les surfaces des choses, et quant à la véritable Italie, il n’en a pas la première idée. » (traduction Charles Mauron)
Kipling, Kim (Chap. 1)
« Then he began, almost whispering: “Umballa is on the road to Benares – if indeed ye two go there.” “Tck! Tck! I tell thee he does not know how to lie – as we two know.” »
« Umballa est sur la route de Bénarès – Si vraiment vous allez là ensemble; – Tck ! Tck !. Je te dis qu’il ne (sied) pas mentir – il n’est pas comme nous deux… »
August Strindberg, Spök-Sonaten (2)
(BENGTSSON pjollrar) « Ta, ta, ta, ta ! Lilla lollan ska vara snäll nu, så får hon något gott ! — Vackra gojan !  »
La sonate des spectres, acte 2 « Ta, ta, ta, ta ! Ma petite poulette, elle sera gentille, et elle aura un sucre ! Loli Jacquot ! » (trad. Carl-Gustaf Bjurström).
August Strindberg, Siste riddaren (1)
GÖRAN. « Ändra Dig Du, men jag ändrar mig aldrig. » LARS. « Suss-us-suss-us. »
(Le dernier chevalier) G.: « Tu peux changer tant que tu voudras, moi je ne changerai jamais. » L.: « Ta ta ta ta » (trad. Carl-Gustaf Bjurström).
Lewis Carroll, Alice’s Adventures in Wonderland
(ch. 9 – The Mock Turtle’s Story) « Tut, tut, child » said the Duchess. « Every thing’s got a moral, if only you can find it ».
Alice au pays des merveilles / IX Histoire de simili-tortue « — Tss, tss, les enfants, s’exclama la Duchesse, on peut tirer une morale de tout : il suffit de la trouver. »
Virginia Woolf, Night and Day (Chap. VI)
« Mrs. Seal looked for a moment as though she could hardly believe her ears, and made a deprecating « tut-tut-tut » in her throat, looking alternately at Katharine and Mary, and shaking her head as she did so. »
Nuit et Jour « Mrs. Seal donna un instant l’impression de ne pas en croire ses oreilles, et lança quelques « tss… tss… » réprobateurs en secouant la tête et regardant tour à tour Mary et Katharine. » (trad. Françoise Pellan).
Virginia Woolf, The years (chap. “1913”).
(Ch. “1913”) « — Brand new pyjamas ; only worn them twice », said Martin, holding them extended. Crosby touched them. They were made of the finest silk, she could tell. « Tut-tut-tut… ! she said, shaking her head. »
Les années (Ch. “1913”) — Un pyjama tout neuf ; je ne l’ai porté que deux fois » dit Martin, le dépliant. Crosby le toucha. Elle voyait tout de suite qu’il était de la soie la plus fine. « Tss… tss… tss… ! dit-elle, secouant la tête. (trad. André Topia).
(chap. “Present day”)  : « Chew-chew-chew », he said as he sat down. And Milly said : Tut-tut-tut », North observed. That was what it came to — thirty years of being husband and wife — tut, tut, tut, and chew-chew-chew. It sounded like the half–inarticulate munchings of animals in a stall. Tut–tut–tut, and chew–chew–chew — as they trod out the soft steamy straw in the stable ;  […] He had a way of blowing hischeeks in and out, as he said tut–tut–tut and chew–chew–chew. Would you swallow it? hesaid silently to Hugh.
(chap. “Le temps présent”) « Hum, hum, hum », dit-il en s’asseyant. Et Milly dit : Tst-tst-tst », observa North. C’est à cela qu’on aboutissait — après avoir été trente années mari et femme — Tst-tst-tst, et Hum, hum, hum — d’animaux sortant de leur écurie à la molle paille fumante ;  […] Il avait une façon de gonfler et de dégonfler ses joues tout en disant tst-tst-tst et « hum, hum, hum ». L’avaleriez-vous ? dit-il silencieusement à Hugh.…
Hal Jensen, compte-rendu sur un livre de Laurent Binet
TLS [5] May 5 2017, p. 23 « And there’s Eco, inspired by the “lost manuscript” of Binet’s novel, apparently conceiving The Name of the Rose. (Except it’s already 1980, the year the novel first appeared. Tut.) »

Voir aussi

Claude Hagège, Dictionnaire amoureux des Langues

(Plon/Odile Jacob, ISBN 978-2-259-20409-5)

Infinie diversité des gestes culturels qui font les langues, et de leurs contenus ! Ce qui est en Europe le bruit du baiser est dans le sud de l’Afrique une consonne que peut suivre une voyelle pour réaliser une syllabe d’un mot ! Cela ne veut pas dire, bien entendu, que les Hottentots ne se servent pas aussi de leurs lèvres pour distribuer des baisers ! Simplement, le baiser est aussi un son utilisé pour construire la charpente phonique des mots. Les populations parlant des langues à consonnes claquantes ont donc culturalisé en phonèmes, ou sons linguistiques, des gestes buccaux qui sont, chez tous les autres peuples, des gestes non linguistiques. Veut-on d’autres preuves de la diversité des talents humains face à l’urgente pression de la communication ?


Historique, voir la note de fin : [6]


Notes