Carl Zeiss Distagon 1.4/35 mm ZM T*
Sommaire

Présentation
Objectif en monture compatible Leica M, couvrant le format 24x36 (Full Frame) pour lequel la focale de 35 mm donne un léger grand angle (champ diagonal : 62,15°), apprécié des amateurs sérieux comme des reporters de presse. La grande ouverture de f/1,4 étend les possibilités d’utilisations (crépuscules, photo hivernale, intérieurs sans flash, sujets en mouvement). Sans compter que cette luminosité donne accès à des images à l’esthétique améliorée (à f/1,4 la profondeur de champ moindre permet de détacher le sujet sur un décor au flou plus accusé). Cela est moins facile à obtenir avec une focale courte comme le 35 mm ; or la qualité optique du Distagon permet de l’utiliser sans hésitation à pleine ouverture.
Pour une brève introduction aux objectifs ZM, voir ce qui en est dit dans notre page sur le C-Sonnar de 50 mm f/1.5 [https://www.dg77.net/photo/zm/csonnar50.htm#naissance]. Le Distagon est apparu en 2014.
Dans cette focale de 35 mm, la gamme ZM offrait déjà un compact C-Biogon f/2.8 (2008), au « piqué » si élevé qu’il en était presque douloureux – si l’on peut dire ; et un superbe Biogon f/2.0 (2005). Ce dernier semblait un compromis quasi idéal. Cependant, la généralisation d’appareils photo numériques munis de capteurs à haute définition, aux exigences optiques inusitées, lui flanqua ensuite un léger coup de… mou – on peut le dire.
À sa sortie, le Distagon franchissait un nouveau cap. Avec son ouverture de f/1.4 qui le classe dans les ultra-lumineux, il apparut d’emblée qu’il se posait en concurrent du Leica Summilux ASPH FLE [https://www.dg77.net/photo/tech/fastasph.htm#FLE35] de dernière génération (2010). Comme celui-là, il comportait des surfaces asphériques et un groupe indépendant pour maintenir la qualité à toutes les distances.

Cet objectif a un fonctionnement entièrement manuel. Choix de l’ouverture et distance de mise au point sont à la charge de l’opérateur. C’est ce qui permet à ce type d’optiques d’être utilisé sur un grand nombre d’appareils de prise-de-vue. On trouve des bagues d’adaptation pour une multitude de montures d’objectifs. Ajoutons que l’absence de toute micromécanique et électronique embarquée est un gage de longévité.
- Distance minimale : 0,7 m.
- Diaphragme : 10 pales.
- Filtres : M49.
- Longueur : 65 mm (depuis la monture, sans bouchon ni filtre ni pare-soleil).
- Diamètre : 63 mm.
- Poids : 381 g.
- Pare soleil à baïonnette, livré séparément.
Optique : caractéristiques et rendement
Conception
La formule optique est une variante de retrofocus, munie d’une lentille frontale concave typique de plusieurs 35 mm modernes (cf par exemple le M-Hexanon [https://www.dg77.net/photo/leicaM/hexanon35.htm#formula]). Elle comporte 10 éléments en 7 groupes, dont 2 (6e et 9e) à faces asphériques, 3 lentilles (2e, 5e et 8e) en verre à dispersion partielle anormale, un groupe flottant.

On voit que les experts de chez Carl-Zeiss ont employé les grands moyens pour produire ce qui constitue une référence. Cette absence de concessions a pour corollaire un petit défaut – qui se remarque un peu : le Distagon est volumineux. Son concurrent, le Summilux ASPH FLE de chez Leica, est plus compact. Mais ce dernier a aussi sa légère faiblesse : le prix, plus du double du Carl Zeiss (qui entre lui-même malheureusement dans la catégorie des optiques un tantinet onéreuses).
Noter encore que, chose rarissime dans cette famille d’optiques, l’objectif est à mise au point interne ; ce qui a quelques avantages :
- C’est favorable à l’étanchéité.
- Le fut garde la même longueur à toutes les distances.
- L’image ne s’assombrit pas en se rapprochant du sujet.
Résumé pour l’essentiel :
Objectif au rendu qualifiable de « moderne ». Mais qu’on ne s’y trompe pas, les photos produites avec le Distagon ont leur « caractère ». Certains parlent de « clarté », à quoi d’autres ajoutent des louanges sur cette fidélité des couleurs qui serait la signature Carl Zeiss. Le micro-contraste est tel qu’il rend les textures d’une façon digne de la photo en moyen format.
Plus simplement, nous dirons qu’il donne (à tout le moins) des images nettes et contrastées sur l’ensemble du champ, cela à toutes les ouvertures et pratiquement à toutes les distances.
Cet objectif n’est pas le plus récent, ça ne l’empêche pas d’être un des rares qui passent sans peine le test des capteurs 60 Mpx dernier cri.
Revue de détail :
- Micro-contraste élevé, voire très élevé vers f/8.0.
- Vignettage assez prononcé à pleine ouverture (mais à f/1.4 on ne peut y échapper).
- Distorsion faible – c’est bon pour l’architecture.
- Flare (reflets internes) limité, la tenue à contre-jour nous semble dans la bonne moyenne.1
- Aberration chromatique un peu présente à f/1.4-2.0.
- Un peu d’aberration de coma.
- Focus shift : inconnu au bataillon.
- Courbure de champ à peu près nulle.
- Transition abrupte entre le plan de netteté et le reste, même en fermant l’iris. « Effet 3D » garanti.
- Bokeh agréable, particulièrement aux distances proches ; et pas seulement aux grandes ouvertures.
F.T.M.
Les courbes FTM montrent que le Distagon ZM 35 mm permet de forts agrandissements. À f/1,4 on n’est pas loin des performances d’objectifs de 50 mm à f/4,0.2 Cf la courbe de plus haute fréquence, représentée par la paire la plus basse sur le graphe (contraste des détails les plus fins) :3


Voir la notice originale (PDF 164.394 octets/bytes). Cf encore la page sur le site de Cosina.
Considérations diverses
Pour trouver un 35 mm nanti de performances optiques plus élevées, il faut consentir à une perte d’au moins un diaphragme. À notre connaissance, le choix se résume à deux objectifs : le Leica APO-Summicron-M 1:2/35 ASPH, et le Voigtländer 35 mm 2.0 Apo-Lanthar aspherical VM.
Le ZM Distagon de 35 est souvent utilisé sur des appareils non télémétriques tels que les Sony Alpha (monture E). Si on veut être pointilleux, son rendement n’est pas exactement semblable sur ces boîtiers par rapport aux Leica numériques (vignettage, courbure de champ plus prononcée en raison du filtre passe-bas plus épais). Néanmoins on trouve sans mal des témoignages d’utilisateurs heureux des résultats qu’ils obtiennent. Cela dans les domaines les plus divers : paysage, architecture, portrait en situation, reportage de nuit, et même des mariagistes.
Appréciations générales
Qualités principales
- Qualités optiques : cf supra.
- Objectif polyvalent, apte aussi bien aux paysages (en fermant très peu le diaphragme) qu’au reportage sur le vif, utilisable sans inquiétude à la plus grande ouverture.
- Fabrication haut de gamme.4
À apprécier selon vos préférences ou exigences
- Pas de vrai ergot de mise au point.
- Bague de mise au point ferme.
- Mise au point rapide (rotation 90° de l’infini à 70 cm).
- Crantage du diaphragme par tiers de valeur – luxe inutile à nos yeux.
Petits Inconvénients
- Ce n’est pas un objectif compact.
- Sur boîtier télémétrique : débordement de l’objectif dans le cadre de visée.
- Distance minimale 70 cm, plutôt lointaine : limite habituelle pour les utilisateurs de Leica M, mais qui pourra ennuyer quelques autres.
À blamer
- Pare-soleil vendu séparément pour un prix scandaleux.
En pratique

Prise en main
Préhension confortable. Les deux bagues, diaphragme et mise au point, se partagent toute la longueur du fut, ce qui est inhabituel pour la première.
Choix d’un profil
Cet objectif Carl Zeiss ne bénéficie pas du codage optique à six bits propriétaire dont disposent les objectifs Leica M produits depuis juillet 2006. Cela permet aux boîtiers numériques M8 et suivants d’identifier l’optique qui a été installée sur la monture, et d’appliquer des corrections automatiques. On obtient alors des fichiers JPEG améliorés en ce qui concerne la distorsion, le vignettage et éventuellement des dérives de couleur.
Ces appareils ont en mémoire une liste de profils d’objectifs. Il est possible de choisir manuellement un d’entre eux. Avec le ZM Distagon 35/1.4, Leica conseille de choisir l’une de ces deux options :
- 28 f/2 ASPH. 11604.
- 28 f/2.8 ASPH. 11606.
Bien entendu, ce réglage ne s’impose pas si vous traîtez vos chefs-d’œuvre après coup, à partir des fichiers DNG.
Encombrement dans le viseur
Monté sur votre télémétrique, cet objectif apparaîtra dans un coin du cadre. Chacun décidera si la gêne est acceptable. Pour notre part, ayant utilisé assez longtemps un volumineux Noctilux comme unique 50 mm, nous n’avons pas jugé incommodant l’embonpoint du Distagon.

Utilisation hors-Leica M
Si les mensurations de ce ZM font faire la grimace à quelques leicaïstes endurcis, il n’en va pas de même pour les utilisateurs de mirrorless contemporains, qui n’y voient qu’un objet de taille fort banale.5
Vouloir c’est pouvoir
Peut-on le conseiller pour une configuration « toujours prêt » ?
Quand on décide de réaliser une séance photo digne de ce nom, ce 35 mm constitue un outil de premier choix, en particulier avec les sujets humains. La question se pose plutôt si on souhaite disposer en permanence d’un appareil photo à portée de main, pour une prise de vue impromptu.
Du fait de ses dimensions, certains rechigneront à s’encombrer du Distagon dans le but d’une utilisation seulement éventuelle.6 Qu’il nous soit permis de dire qu’ils ont tort de ne pas essayer. En tous cas, on ne voit pas pourquoi un déclenchement imprévu ne mériterait qu’un objectif ordinaire.
Tourisme et voyages
On prétend qu’il est trop gros pour les « photos de voyage ». Cela se discute.
En ce qui me concerne, quand je voyage, faire des photos n’est pas mon souci premier. Je ne suis pas membre de National Geographic ni ne diffuse des calendriers ou cartes postales ; sans oublier que j’ai déjà mes tiroirs pleins de photos de paysages (mais vous n’y trouverez aucun coucher de soleil…).
Pour les pro auxquels je viens de faire allusion, transporter du matériel est un mal nécessaire. Pour eux la qualité prime. Dès lors, y inclure le Distagon est un choix logique.
Quant aux autres, s’ils veulent avoir une chance de faire de bonnes images, et pas seulement jouer au touriste qui a un vrai appareil photo, je leur conseillerai d’emporter un unique objectif. Prendre un parti et s’y tenir est exigeant mais amène la possibilité de meilleurs résultats. Dans ce cas, pourquoi ne pas privilégier la qualité avec le Distagon ? En même temps vous vous simplifierez la vie et celle de votre entourage.
Échantillons
Déambulations


Jour et heure différents de la précédente :








Bokeh

Intérieurs sans flash



Contraste, comparaisons
Comparaison avec le Voigtländer Ultron f1:1.7 35mm Aspherical V1 (LTM, 1999). Les images sont issues de la même bobine (Portra 800 ISO) et ont suivi le même traîtement.
Le ZM Distagon 35 et les reviewers du net
Notes
- 1. La monture chromée du Distagon ZM 35 peut être une source malencontreuse de reflets. La parade est de mettre un pare soleil ou un filtre. Ou d’appliquer un coup de peinture noire…
- 2. Courbes FTM. Voir ZM Planar et C-Sonnar. Ou encore Leica Summicron-M et Summarit-M
- 3. Courbes FTM : pour 10, 20 et 40 fréquences par mm. Trait continu = tangentiel ; pointillé = sagital. Les courbes fournies par Carl Zeiss résultent de tests réels sur banc et non pas de calculs théoriques fondés sur les caractéristiques des verres et le profil des lentilles.
- 4. Le 35/1.4 ZM Distagon est assurément exempt des ennuis de « branlage » (syndrome connu sous le vocable de wobble) qui affectaient au fil du temps les séries originelles d’objectifs ZM, et fut apparemment et subrepticement corrigé dans les suivantes. Cf un article de Matt Wright sur leicalensesfornormalpeople.com [https://www.leicalensesfornormalpeople.com/2021/03/07/the-zeiss-wobble-on-zeiss-zm-lenses-explained/] .
- 5. Un Nikon Z 35 mm f/1.4, modèle courant et abordable, a un diamètre de 74 mm pour 86 mm de long.
- 6. Il existe différents modèles de petites sacoches, pratiques et discrètes.


















